Nana Hatieganu

Jeux de Dés (40)

Le Désaccord

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C'était un désaccord flagrant entre la prestation demandée et la rémunération proposée ! J'avais travaillé 9 heures, la nuit, le week-end, debout, avec la responsabilité de la caisse, sans un moment de repos pour faire face a mes multiples obligations et il offrait 250 F ? Cela revenait a 27,78 F ou plus exactement 27,(7) francs par heure. J'étais professeur de mathématiques, j'avais enseigné en France et une heure de cours tenue en classe me rapportait 138, (8) F, tandis que deux heures données en particulier revenaient a plus que ce qu'il me payait par soirée. La différence était trop grande pour l'accepter !
      
Il avait passé des accords avec ses employés, qui ne faisaient pas de dissemblance entre eux. Ceux qui arrivaient a travailler 7/7, se retrouvaient a la fin du mois avec 7 500 F ou 7 750 F. Il y avait des jours ou ils n'avaient qu'a se présenter et repartir, sans parler des pleins temps, qui étaient mieux rétribués. Si je signais le contrat qu'il me présentait, je pouvais espérer l'augmentation de mes revenus.
      
Je ne croyais pas en ses promesses floues, dites et pas écrites, hypocrites. Je savais que son affaire tournait de plus en plus mal et qu'il était malhonnete. J'avais parlé avec quelques filles, mécontentes, qui attendaient depuis longtemps, en vain, d'avancer dans leur métier.
      
Je lui ai jeté la vérité en pleine figure. Il exploitait la situation désespérée des gens qui ne trouvait pas un autre emploi. Des jeunes surtout, qui étaient naives, désorientées, sans grandes prétentions, en pleine forme physique, pretes a tout pour se faire un peu de pognon, inconscientes, contentes d'un petit pourboire et d'etre dans une discotheque sans payer l'entrée, peu avisées des conséquences graves qu'elles risquaient. Elles résistaient, mais elles arrivaient assez vite a bout de souffle et elles se taillaient finalement. Il mettait souvent des annonces d'embauche, pour remplacer son personnel qui se sauvait.
      
Il vendait la bouteille de whisky a 600 F. Si j'en cassais une, cela voulait dire que j'avais bossé 18 heures pour rien et que je lui devais encore 100 F. Si j'allais aux toilettes, une seule fois, et quelqu'un touchait a ma caisse, meme l'un de ses surveillants, pour me tester, cela pouvait m'entraîner devant la justice, en prison, comme voleuse. Combien était-il le SMIC, surtout lorsqu'on travaillait la nuit ?
      
Il m'a signé un cheque important, pour ne plus me voir et me faire taire. Je suis vite allée déposer la somme encaissée et j'ai retiré 500 F.
      
Djamal n'a pas été d'accord avec mon refus opposé au patron. Meme si je gagnais peu, c'était mieux que rien. En fait, je n'aimais pas travailler ! Il a regardé la montre et il est parti nerveux, a la hâte.
      
Apres cinq minutes, une fille sonnait a la porte de la cuisine. Elle revenait a l'heure fixée, afin de toucher l'argent qu'on lui devait.
      
Je n'étais pas au courant. Elle avait fait le ménage durant mon voyage. Depuis lors, il lui promettait la paye, elle avait repassé aussi les deux derniers week-ends, tard, la nuit, mais elle n'avait rien perçu.
      
Ce n'était pas moi qui l'avais employée, donc je ne la rémunérais pas. Je la conseillais de ne plus répéter ces conneries, de ne plus etre si crédule, de se renseigner un peu plus avant de rendre certains services et d'accepter des embauches qui pouvaient mener a la débauche.
      
Nous nous sommes mises d'accord d'attendre ensemble Djamal. J'ai raconté l'histoire de Christelle, celle qui avait loué une chambre dans notre maison, puis dans l'appartement, qui ne nous appartenaient pas. Elle avait fait maints compromis en supportant l'exhibitionnisme de mon mari et, lorsque nous avions été expulsés par le propriétaire, elle s'est retrouvée a la rue, sans jamais pouvoir récupérer sa caution. Cette fois-ci, la fille devait menacer mon époux avec une plainte déposée a la police et il allait céder, parce qu'il se savait coupable.
      
Djamal est rentré tard. Il a été étonné de nous voir ensemble et d'entendre ce que la jeune lui disait, pendant que je m'absentais pour faire le lit. Je suis revenue en peu de temps, car l'affaire était réglée.
      
Il m'a expliqué qu'il était allé a un distributeur afin d'obtenir les billets qu'il devait a cette femme de ménage, qui l'avait aidé lorsque je m'étais absentée en Espagne. Il avait rencontré un ancien copain et ils avaient pris un pot, sans se rendre compte du temps qui s'écoulait.
      
Je devais me rendre a la bibliotheque municipale et faire un article sur une action organisée pour les enfants. Comme Djamal était parti, en sachant que je n'allais pas rester a la maison, j'ai téléphoné a Riga.
      
Elle a donné son accord pour me remplacer en tant que reporter. Entre temps, je pouvais fouiller le coffre-fort portable de Djamal. Je savais ou il cachait la clef, mais je n'avais pas encore osé l'essayer.
      
J'ai découvert le pot aux roses. Des nouvelles photos, de travelo, sexy et pornos. Il était habillé avec des vetements a moi, il se dénudait progressivement et il exhibait finalement son sexe, en plusieurs positions. L'une des images, la plus excitante, était dans une revue X.
      
Je n'ai rien dit, mais pour moi c'était fini. Le désaccord était total.
      
Daniel venait souvent chez nous, depuis que nous habitions a nouveau en ville. Il prenait le café, parfois le déjeuner, il nous invitait galant au restaurant et, une fois, il nous a emmenés a un mariage. Il était tellement connu et apprécié, qu'on acceptait ses amis inopinés.
      
Nous avons été placés a la table d'honneur, nous avons bien mangé et nous avons dansé. Comme je commençais a avoir mal au dos, mon mari a demandé a Monsieur Bottin de lui accorder la valse suivante.
      
Djamal et Daniel formaient un couple en désaccord avec les autres, qui étaient hétérosexuels ou composés de deux vraies femmes gaies.
      
Apres la fete, Daniel a couché dans notre appartement. Il plaisantait en se montrant en slip et en voulant dormir avec nous, au milieu du lit.
      
J'ai reçu un coup de fil de la part d'un commissaire de police. Pouvais-je me présenter en tant qu'interprete pour des Roumains ?
      
Oui, mais accompagnée par Riga, mon amie. La traduction allait etre plus rapide, si nous venions ensemble et travaillions en parallele.
      
D'accord. C'était une bonne solution et il me remerciait d'avance.
      
Nous nous sommes rencontrés et nous avons reçu une belle paie.
      
Le théâtre de Lons présentait un gala d'opéra soutenu par des artistes de Budapest. J'avais l'entrée gratuite, pour écrire sur cet événement. J'ai cédé ma place a Riga, qui était d'origine hongroise. Ensuite, j'ai décrit les parfaits accords et harmonies des airs de Verdi.
      
Chaque fois que Riga me remplaçait, je lui remboursais le revenu.
      
Elle m'a dit qu'elle connaissait une autre Roumaine mariée a Lons, Marina, Elle ne me ressemblait pas. Egoiste. Elle monopolisait le marché du travail possible pour nous dans la localité, grâce aux relations de son époux, un bourgeois aisé, et elle gardait tant qu'elle pouvait le secret de ses activités, pour ne pas partager les opportunités. Jamais elle ne lui avait proposé des avantages pécuniaires ou d'autres.
      
Une fois de plus, j'étais déçue par le manque de solidarité des Roumains qui vivaient a l'étranger. C'était la loi du chacun pour soi.

 

Nana Hatieganu